Alice e(s)t Alice

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Alice e(s)t Alice de Bruno Malivert

Alice Schlosser rentre plus tôt que prévu d’un voyage professionnel à Milan. En pénétrant dans son appartement parisien, elle découvre avec stupeur que sur toutes les photographies, son compagnon Étienne a été remplacé par un parfait inconnu. Pire encore, aucune trace administrative de son existence ne subsiste, sa voiture a disparu, et personne ne semble se souvenir de lui. Face à l’incompréhension générale, Alice commence à douter de sa propre santé mentale.

Ancienne victime de crises d’angoisse durant son adolescence, Alice se débat entre deux hypothèses vertigineuses : est-elle victime d’une manipulation perverse, ou sa mémoire lui joue-t-elle des tours ? Tandis qu’elle tente désespérément de prouver l’existence d’Étienne, le réel se dérobe sous ses pieds. Bruno Malivert construit un thriller psychologique où l’ambiguïté demeure jusqu’au bout, questionnant nos certitudes sur la perception, l’identité et les fondements mêmes de notre rapport à la réalité.

Chroniques et Avis

Bruno Malivert signe avec Alice e s t Alice un thriller psychologique magistral

Dès les premières pages, Bruno Malivert établit un pacte troublant avec son lecteur. Le retour d’Alice de Milan s’inscrit dans une temporalité précise – jeudi 18 mai, 22h30 – qui ancre le récit dans une réalité tangible, avant de la faire basculer imperceptiblement. Cette datation méticuleuse, reprise chapitre après chapitre, fonctionne comme un garde-fou illusoire : le temps s’écoule normalement, pourtant tout déraille. L’auteur construit son intrigue sur un dispositif aussi simple que vertigineux : la substitution photographique. Un détail visuel qui contamine progressivement l’ensemble de l’univers d’Alice, transformant son appartement familier en territoire hostile. Cette progression par cercles concentriques – du cadre sur la console aux documents administratifs, du dressing aux espaces de vie – orchestre une montée d’angoisse remarquablement maîtrisée.

La structure narrative emprunte aux codes du thriller psychologique tout en s’en démarquant par sa gestion du mystère. Malivert ne multiplie pas les rebondissements spectaculaires ; il préfère l’érosion lente des certitudes. Chaque chapitre ajoute une couche supplémentaire d’incertitude, sans jamais offrir au lecteur le confort d’une explication définitive. La confrontation d’Alice avec l’inspecteur Kozinsky au commissariat illustre parfaitement cette stratégie narrative : plus elle tente de démontrer la réalité de ce qui lui arrive, plus les preuves se dérobent. La plaque d’immatriculation inexistante, l’absence de documents, la voiture disparue – chaque élément qu’elle avance pour étayer sa version se transforme en argument contre sa propre crédibilité.

L’auteur déploie également une temporalité fragmentée qui mime la désorientation de son héroïne. Les retours en arrière s’insèrent naturellement dans le fil du récit, créant un effet de brouillage mémoriel. Alice se souvient-elle correctement de cette soirée sur la terrasse avec Étienne ? Combien de fois ont-ils réellement partagé ces moments ? Ces interrogations, apparemment anodines, installent un climat d’incertitude rétrospective qui contamine jusqu’aux fondations de l’histoire. Cette architecture narrative, qui refuse les certitudes tout en maintenant une tension constante, place le lecteur dans la même position inconfortable qu’Alice : observer sa réalité se fissurer sans pouvoir déterminer où se situe la vérité…
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